Will and Bill  posté le mardi 25 octobre 2005 10:14

 

 

POURQUOI WILL AND BILL?

Hormis le fait que cela sonne à peu près comme le nom d'une nouvelle série américaine un peu mièvre, ces deux prénoms parents sont ceux des poètes folk américains qui dispensent leur langueur sur fond d'accords minimalistes. Will Oldham alias Palace - et tous ses dérivés, Palace-music ; - brothers, - songs ; Bonnie "Prince" Billy) et Bill Callahan de Smog, ou la poésie beatnik mise en musique.

Bien sûr, je ne cherche pas à les mettre dans le même sac : pour décrire leur musique, point de catégories. Pourtant, l'émotion qu'ils suscitent, pour tout auditeur qui prend la peine de pénétrer  dans leur univers sombre et épuré, est bien la même. Celle du perpétuel voyage sur la route, de désenchantement en désillusion, de l'amour déchu, de l'ironie acide et du désespoir mesuré.

 

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A river ain't too much to love  (Albums écoutés et approuvés (ou non)) posté le mardi 25 octobre 2005 10:31

 

2005 a vu la sortie de A river ain't too much to love de Smog. Impatience brûlante d'écouter ses dernières litanies douces-amères. Doublée d'une légère angoisse : et si cet album était décevant?! Voilà ce qui advient lorsque un artiste, pourtant discret, suscite une telle ferveur. Capable d'un tel génie - je pense à The doctor came at dawn, Red apple falls ou Dongs of sevotion - il tient une place toute particulière dans mon autel rock, toujours illuminé et fervent.

Qu'en est-il cependant de ses chansons?

Première impression : il chante étonnamment bas, révélant des tonalités nouvelles. Say Valley Maker est un bon exemple de cette voix  aux accents si particuliers. Bill nous a prévenus, I'm gonna Phoenix... Quelles sont donc ces métamorphoses à jour dans ce nouvel opus? A première vue, la musique de Smog est bien telle qu'on l'attendait : mélange d'arpèges mineurs égrénés au fil de sa poésie moderne, de dévotion prosaïque et de silence. Très important le silence, cette façon qu'il a de poser sa voix, et de laisser la part belle aux accords  tout aussi explicites.

Smog a su évoluer, laissant de côté sa musique épurée à l'extrême. Il suffit d'écouter I feel like the mother of the world pour se laisser bercer par le scintillement des mélodies. Mais l'euphorie est toujours de courte durée pour Smog, comme s'il fallait s'empêcher d'être trop vif trop longtemps. La langueur finit toujours par nous gagner, aux détours du tempo résolument lent de ses autres morceaux ou des gémissements de Drinking at the dam.

Smog suit sa route, à cheval sur le folk, le rock et la poésie en demi-teintes. A river... n'est sans doute pas son meilleur album - bien que ces mêmes albums ont la propriété non négligeable de se bonifier à l'écoute. Smog (re)fait du Smog, et pérpetue son blues, atypique et symptomatique à la fois. Ce disque a néanmoins le mérite d'être sincère et habité, comme chacune de ses productions.

 

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Un lien intéressant sur Palace  posté le mardi 25 octobre 2005 17:02

 

http://www.palace.free.fr/index.htm

Grâce à ce site francophone particulièrement bien renseigné, retouvez la discographie COMPLETE de Will Oldham : même les projets parallèles et les collaborations passagères sont mentionnées! Par exemple, les disques sur lesquels Will Oldham a fait les choeurs ou joué de la basse...

Ca donne le vertige de voir à quel point ce songwritter est prolifique. C'est aussi intéressant de constater que la scène américaine actuelle est  une constellation des plus denses. Surpris de retouver, au fil de la discographie, Silver Jews, Papa M, et tant d'autres (même Nicolai Dunger).

A découvrir aussi : les paroles de plus de 200 chansons!

A nous le spleen de Louisville...

 

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Palace... music  posté le mardi 25 octobre 2005 17:24

Ce que j'aime en général chez un écrivain, c'est de parvenir à cerner son monde au fil des lectures, grâce à des thèmes récurrents qui sont autant de balises, de repères. Plus on lit Dostoievski par exemple, plus on pénètre son univers intimiste jusqu'à la claustrophobie, peuplé de personnages névrosés mais profondément humains. Paranoïa, rumination et masochisme en sont autant de manifestations possibles.

Pour Will Oldham, c'est la même chose, bien que je ne le compare pas à Dostoievski - quoiqu'il en serait flatté?! Ecouter les paroles de ses chansons, c'est se plonger dans les abysses de névroses en tous genres, développées à cause de l'angoisse, de l'ennui et/ ou de la folie. Mais s'y plonger presque confiants, avec la certitude de ne pas s'y abîmer totalement. Car le spleen de Will Oldham, dispensé depuis plus de 10 ans, en devient presque caricatural, ponctué des mêmes leitmotives : mélancolie et ironie blasée.

Toujours les mêmes figures : des amours bancales, des histoires de servitude et de délivrance aussi - lorsque Will O. évoque les chevaux, le fleuve Mississippi ou la rivière Ohio.


Au fond, c'est ça que j'aime chez lui : l'assurance de se plonger dans un univers (dé)construit avec plus de soin qu'il ne veut bien l'admettre.

 

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Tribute to... Palace. I am a cold rock. I am a dull grass  (Albums écoutés et approuvés (ou non)) posté le mercredi 02 novembre 2005 18:45

 

La musique de Palace a quelque chose d'atypique, de furieusement intimiste. C'est un tout : voix successivement tremblante et habitée, arpèges égrénés avec langueur ou éructés (cf. Will Oldham en concert), piano sinistre ou entêtant, etc. Autant de variations possibles d'un style bien à lui. Comment, dès lors, envisager une quelconque adaptation, reprise ou interprétation de seconde main?

C'est pourtant le pari de Tribute, un album de reprises des chansons de la constellation Palace,  interprétées par des noms plus ou moins connus du folk-rock actuel. Le risque est grand de basculer dans la mascarade, la duplication outrée, le grand-guignol folk -lorique... Tant la personnalité de Will Oldham, foncièrement hors du commun, supporterait mal d'être simplement imitée, sinon singée.

Or, cet album n'est précisément pas assez ambitieux, les reprises réstent très fidèles aux originaux, nous donnant l'impression d'un un impropbable copié / collé. Cela dit, certains artistes  ont su insuffler quelque chose de timidement nouveau aux chansons si particulières de Will O.  Là où ce dernier chosissait une tonalité légère (I send my love to you), Calexico chosit la mélancolie mesurée. Là où il avait pris le parti du dénuement le plus oppressant (A sucker's evening), Boy Omega apporte une note plus rock, dans une chanson réellement transfigurée. Cet album ne parvient pas à séduire les fans de Palace  - devinez qui - bien qu'il propose une dimension supplémentaire à l'univers de Will.

Je vous conseille de jeter un coup d'oeil sur le blog de Boy Omega, qui livre ses confidences et ses doutes sur la sortie à venir de son album "The black tango".

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