Sufjan Stevens : Come on, feel the Illinoise  (Albums écoutés et approuvés (ou non)) posté le dimanche 19 mars 2006 14:30

Sufjan Stevens : un nom un peu étrange pour un chanteur hors du commun. Largement plébiscité en 2005 avec son album Come on feel the Illinoise, ce songwritter mérite amplement un classement avantageux dans tous les top 10, et plus généralement dans toute discographie centrée sur le renouveau du folk rock américain. Car Sufjan Stevens concentre un réel talent pour la composition, une certaine facilité pour l'écriture et un don évident pour les arangements veloutés. Un  génie en somme, capable de réaliser de petites saynettes furieusement attachantes. Il a su matérialiser son propre univers où l'on croise différents personnages : tantôt désabusés, tantôt mystiques mais toujours émouvants, esquissés avec des paroles d'une grande force évocatrice. 

Si Sufjan Stevens a déjà réalisé  qautre albums, c'est avec  Greetings from Michigan qu'il a commencé à faire parler de lui. Et pour cause : un pharaonnique projet lui tient à coeur et Michigan en est l'inaugural commencement :  réaliser autant d'albums que ne comptent les Etats Unis d'Amérique, soit une cinquantaine. Ambition galopante ou réel concept-album en 50 volumes, la suite des évènements nous renseignera sur ce qui paraît, à première vue, un projet aussi grandiose que peu réalisable. Mais ne jouons pas les mauvaises langues, car il se pourrait bien que Sufjan parvienne à nous contredire. En témoignent Michigan et Illinoise qui augurent d'une suite méthodique et inspirée, mais sont avant tout deux albums très réussis, qui font oublier le démentiel projet qui les conditionnait.  Si  Michigan choisissait un traitement très intimiste - avec autant de ballades malancoliques aux instruments choisis (guitare, banjo à la manière d'un Nick Drake contemporain, piano) - Illinoise offre une plus grande diversité instrumentale, grâce à des arrangements époustouflants et une prédominance des choeurs féminins. Choeurs qui étoffent considérablement la voix feutrée de Sufjan, et miroitent d'autant d'échos sucrés. Sur "Come on feel the illinoise", les choeurs se chargent du refrain et semblent prendre un malin plaisir à multiplier les consonnances : "
Ancient hieroglyphic or the South Pacific, Typically terrific, busy and prolific" pour ne citer qu'un exemple de cette prolifique comptine. Ou encore "Chicago", qui est composé sur le même principe. Car Sufjan a plus d'un tour dans son sac et autant d'idées luxuriantes qui portent ses compositions aux visages changeants. En effet, un seul titre ("Come on feel the Illinoise" par exemple) peut être à la fois une merveille pop, un mini-hommage à "Close to me" de Cure - avec un break en forme de clin d'oeil - et une ballade symphonique aux accents mélancoliques. Le tout sans rupture, avec une facilité qui force le respect. L'album lui-même répond à ce principe de composition - tout en modulations et transitions fondues - alternant chansons et instrumentaux, aux titres-fleuves, comme si S. Stevens voulait compenser l'absence de paroles :

 "
The Black Hawk War, or, How to Demolish an Entire Civilization and Still Feel Good About Yourself in the Morning, or, We Apologize for the Inconvenience But You’re Going to Have to Leave Now, or, “I have fought the Big Knives and will continue to fight them until they are off our lands!"

Tout un programme.

Un album dont la densité n'a d'égal que la qualité, dont on ressort littéralement chaviré. Profusion de sons, d'instruments, de mélodies spectaculaires sans être tape-à-l'oeil, mais surtout cette voix inimitable. Autant d'atouts pour un album avec lequel il faut désormais compter, aux côtés du Made to love magic de Nick Drake ou de If you're feeling sinister de Belle & Sebastian.

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