Sorti en 2004, Greatest Palace Music se propose, comme son nom l'indique, de livrer une compilation des meilleurs morceaux de Will Oldham.
A cette variante près que les morceaux choisis sont rejoués, pour l'occasion, par les plus grands noms du folk et de la country actuels. Will Oldham se fait donc le plaisir d'offrir à son public fidèle la compilation qu'il attend, car la sélection des chansons résulte d'un sondage réalisé plus tôt sur le site du label Drag City. Un concept à la fois altruiste et mégalo, qui veut caresser le public dans le sens du poil.
A première vue, la sélection des morceaux est irréprochable : Ohio river boat song, I send my love to you, Horses, Riding, etc. ; tous emblématiques du blues si singulier de notre prince renfrogné. Mais rappelons-le, Greatest Palace Music n'a rien d'un best of, car il propose autant de réinterprétations, via un détour par la country. En résulte un traitement relativement chargé des compositions si dépouillées de Will Oldham. Car les invités de circonstances usent de tous les réflexes country en leur possession : mandoline, violon, choeurs, guitares hawaïennes. Une intrusion du folklorique, qui tranche avec la simplicité qui caractérise habituellement Will Oldham. C'est précisément ce qui me dérange dans cette compilation en forme d'hommage : car la simplicité a bien plus d'impact que toutes ces fioritures réunies.
Prenons Ohio river boat song : l'incroyable tension à l'oeuvre dans le morceau original - batterie implaccable, phrasé inégal qui renvoie au désespoir latent - disparaît au profit d'une ballade binaire un peu niaise, portée par des choeurs féminins. Ou encore I send my love to you, où les guitares se montrent plus bavardes que le songwritter. Venant de Will Oldham, cela peut surprendre - ou énerver, c'est selon. La majorité des morceaux se présentent donc, pour ceux qui connaissent et apprécient les originaux, comme autant de pastiches possibles (Horses, Viva ultra, New partner). Will Oldham a sans doute voulu réconcilier les fans de rock et les mordus de country, car depuis le début il oscille entre ces deux pôles musicaux, insérant une note rock dans son folk intimiste, et matinant de folk son inclination au rock. Ceux qui aiment la country apprécieront sans doute cet album assez traditionnel. Mais les fans de Will Oldham, souvent baignés d'une culture rock, pourraient être déçus...
On pourra répliquer que je fais partie de ces fans orthodoxes qui veillent jalousement sur l'intégrité de Will O. Ou que la country n'est pas vraiment ma tasse de thé, du moins dans son habit traditionnel : guitares autonomes et vestes à franges en sus.
Un seul mot d'ordre : écoutez cet album et jugez par vous-même!









