Post rock : une appellation de journalistes en mal de catégories ou bien l'émergence d'un mouvement musical à part entière?
A voir la richesse des groupes qui évoluent sous la bannière post rock, nul doute que ce mouvement - s'il existe - possède une certaine efficience : Mogwai, Prohibition, Hood, Tortoise, Aerial M, Godspeed you black emperor! et j'en passe. Des groupes aux horizons divers, dont le seul point commun est de proposer une musique en dehors des sentiers battus du rock : délaissant le traditionnel couplet/ refrain, le format radio et la hiérarchie attendue des instruments du rock (guitares, batterie, basse). Une démarche qui a pu surprendre au début, lorsque quelques groupes novateurs s'essayaient à malmener le rock, qui depuis trop longtemps n'avait plus vraiment de vocation subversive. Qui aime bien châtie bien.
Revenons en 1991, à Chicago. Slint, un groupe formé autour de David Pajo - futur Tortoise, Papa M et consorts - réalise un album qu'on pourrait considérer comme le point de départ de ce mouvement improvisé. Rétrospectivement, le "post rock" tel qu'on l'entend actuellement doit beaucoup à Slint. Bien sûr, il est aussi le petit-fils de Soft Machine, Can, et autres grands expérimentateurs visionnaires. Mais le son de Slint a su esquisser quelque chose de nouveau, via des guitares aux multiples visages et d'une batterie à contre-temps.
Spiderland. Loin des superproductions hollywoodiennes et d'une araignée consensuelle en collant. Un album qui dévoile une sensibilité à fleur de peau, et survole tout un panel d'émotions : colère (Nosferatu man, Good morning captain), remords (Don, Aman), abattement, béatitude (Washer). Contre-temps, arpèges chuchotés, batterie appuyée à la manière d'une arythmie cardiaque et autres coups de théâtre. Mention spéciale à Don Aman, porté par une progression quasi tragique - les guitares saturées en guise d'acme de ce morceau perpétuellement sur le fil. Ou encore Washer, arpèges aériens contre-balancés par cette batterie catactéristique, plombée et subtile à la fois.
Post-rock : les catégories cèdent en effet devant cette proposition intensément personnelle et novatrice. Le rock n'a plus le même visage, et les rejetons de Slint fleurissent depuis 10 ans déjà : Tortoise, fils légitime qui a choisi une voie plus expérimentale. Auquel s'ajoutent tous les descendants naturels : la neurasthénie assumée de Mogwai, la tendre mélancolie de Hood, les boucles de Labradford, etc. Post rock est définitivement rentré dans le dictionnaire illustré du critique de rock.
A l'heure où David Pajo lui-même revient à des compositions plus traditionnelles - avec son album paru en 2005 qu'Eliott Smith n'aurait pas renié - qu'en est-il du post rock? Sans doute une mouvance qui nous réserve encore quelque surprises, pour peu qu'elle parvienne à trouver un nouveau souffle.


sam 24 mar 2007 11:15