Albums écoutés et approuvés (ou non)

A river ain't too much to love  (Albums écoutés et approuvés (ou non)) posté le mardi 25 octobre 2005 10:31

 

2005 a vu la sortie de A river ain't too much to love de Smog. Impatience brûlante d'écouter ses dernières litanies douces-amères. Doublée d'une légère angoisse : et si cet album était décevant?! Voilà ce qui advient lorsque un artiste, pourtant discret, suscite une telle ferveur. Capable d'un tel génie - je pense à The doctor came at dawn, Red apple falls ou Dongs of sevotion - il tient une place toute particulière dans mon autel rock, toujours illuminé et fervent.

Qu'en est-il cependant de ses chansons?

Première impression : il chante étonnamment bas, révélant des tonalités nouvelles. Say Valley Maker est un bon exemple de cette voix  aux accents si particuliers. Bill nous a prévenus, I'm gonna Phoenix... Quelles sont donc ces métamorphoses à jour dans ce nouvel opus? A première vue, la musique de Smog est bien telle qu'on l'attendait : mélange d'arpèges mineurs égrénés au fil de sa poésie moderne, de dévotion prosaïque et de silence. Très important le silence, cette façon qu'il a de poser sa voix, et de laisser la part belle aux accords  tout aussi explicites.

Smog a su évoluer, laissant de côté sa musique épurée à l'extrême. Il suffit d'écouter I feel like the mother of the world pour se laisser bercer par le scintillement des mélodies. Mais l'euphorie est toujours de courte durée pour Smog, comme s'il fallait s'empêcher d'être trop vif trop longtemps. La langueur finit toujours par nous gagner, aux détours du tempo résolument lent de ses autres morceaux ou des gémissements de Drinking at the dam.

Smog suit sa route, à cheval sur le folk, le rock et la poésie en demi-teintes. A river... n'est sans doute pas son meilleur album - bien que ces mêmes albums ont la propriété non négligeable de se bonifier à l'écoute. Smog (re)fait du Smog, et pérpetue son blues, atypique et symptomatique à la fois. Ce disque a néanmoins le mérite d'être sincère et habité, comme chacune de ses productions.

 

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Tribute to... Palace. I am a cold rock. I am a dull grass  (Albums écoutés et approuvés (ou non)) posté le mercredi 02 novembre 2005 18:45

 

La musique de Palace a quelque chose d'atypique, de furieusement intimiste. C'est un tout : voix successivement tremblante et habitée, arpèges égrénés avec langueur ou éructés (cf. Will Oldham en concert), piano sinistre ou entêtant, etc. Autant de variations possibles d'un style bien à lui. Comment, dès lors, envisager une quelconque adaptation, reprise ou interprétation de seconde main?

C'est pourtant le pari de Tribute, un album de reprises des chansons de la constellation Palace,  interprétées par des noms plus ou moins connus du folk-rock actuel. Le risque est grand de basculer dans la mascarade, la duplication outrée, le grand-guignol folk -lorique... Tant la personnalité de Will Oldham, foncièrement hors du commun, supporterait mal d'être simplement imitée, sinon singée.

Or, cet album n'est précisément pas assez ambitieux, les reprises réstent très fidèles aux originaux, nous donnant l'impression d'un un impropbable copié / collé. Cela dit, certains artistes  ont su insuffler quelque chose de timidement nouveau aux chansons si particulières de Will O.  Là où ce dernier chosissait une tonalité légère (I send my love to you), Calexico chosit la mélancolie mesurée. Là où il avait pris le parti du dénuement le plus oppressant (A sucker's evening), Boy Omega apporte une note plus rock, dans une chanson réellement transfigurée. Cet album ne parvient pas à séduire les fans de Palace  - devinez qui - bien qu'il propose une dimension supplémentaire à l'univers de Will.

Je vous conseille de jeter un coup d'oeil sur le blog de Boy Omega, qui livre ses confidences et ses doutes sur la sortie à venir de son album "The black tango".

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Supergrass : Road to Rouen  (Albums écoutés et approuvés (ou non)) posté le vendredi 18 novembre 2005 15:36

 

 

Supergrass a sorti cette année un album qui mérite toute notre attention. Road to Rouen s'annonce en effet comme un juste retour des choses, pour un groupe qui peinait à retrouver la créativité de ses débuts. Supergrass avait séduit dès I should coco, grâce à un subtil mélange d'énergie et de désinvolture maîtrisées. A l'heure de l'indie-pop, Supergrass faisait figure de gourou improvisé, la fantaisie en prime.

Supergrass revient avec un album abouti, efficace et très bien produit. Si l'on retrouve la marque de fabrique du groupe - voix légèrement nasillarde et influences 70's assumées - Supergrass a su apporter ce petit plus, qui différencie Road to Rouen d'un "simple" album indie-rock. Le creuset 70's recèle encore quelques trésors que Supergrass se fait un plaisir d'exploiter : voix aux décrochés caractéristiques, traditionnellle association piano-guitare - très Beatles période White album - etc. Autant de trouvailles réinjectées dans leurs compositions travaillées. Ecoutez par exemple St-Petersburg, qui réussit le prodige d'être à la fois un single fédérateur et une composition exemplaire. Ou encore, le préambule de Tales of endurance qui sait si bien amener la voix de Gaz Combes, ex-prof d'histoire-géo très crédible en rock star décalée. Bref une page de rock réecrite par un petit groupe devenu grand.

 

A voir : le micro-site dédié à la sortie de Road to Rouen. Vidéos, informations diverses sur St-Pétersbourg, fond d'écran, etc. Les francophiles Supergrass vous proposent même un jeu en flash et vous emmènent, au sens propre, sur la route. Bon voyage!

http://www.roadtorouen.com/

 

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Piers Faccini  (Albums écoutés et approuvés (ou non)) posté le samedi 19 novembre 2005 09:53

 

Comment faire la part entre ce qui relève d'un pur phénomène de mode et ce qui relève d'un réel talent? Ce problème - à défaut d'être une question métaphysique - se pose au sujet de Piers Faccini. Ce dernier commence à se faire un nom en France, grâce au bouche-à-oreille de fans conquis par sa mélancolie de velours. D'aucuns considèrent Leave no trace comme un des albums majeurs de l'année 2004, toutes catégories confondues, tandis que d'autres se méfient de l'engouement que suscite cette nouvelle idole - au sens propre.

Mon but ici n'est pas de trancher catégoriquement, mais de me livrer, après écoute assidue, à une "humeur" sur cet album.

Un petit mot sur notre homme tout d'abord : un artiste complet, un "peintre chanteur" ou bien l'inverse, comme il se définit lui-même. Une polyvalence artistique qui vient compléter la richesse de ses origines : un anglo-italien qui a vécu en France. Son album Leave no trace impose un style singulier, largement porté par cette voix chaude, cousine phonique de Nick drake. La ressemblance est frappante - comparez son Where angels fly à River Man de Nick Drake par exemple - même tonailté, même phrasé. L'instrumentation aussi a une filiation évidente avec Nick Drake : arpèges de guitares, mélodies placées posément, avec un goût prononcé pour la mélancolie.

Cette ressemblance une fois dépassée, l'album de Piers Faccini dévoile quelques perles : de Where angels fly cité plus haut à Come my demons, ou encore Circles round you, où piano et basse encadrent à merveille sa voix. D'autres morceaux plus calmes - sinon mous - ont moins d'intérêt, car il y  manque cette étincelle qui transcende le style "ballade à guitare". En somme, un album très agréable à écouter, que le grand Nick Drake ne renierait pas.

 

Le site officiel de Piers Faccini :

http://www.piersfaccini.com/

discographie, actualités, partitions, forum sur lequel intervient Piers Faccini himself : un site très complet pour découvrir son petit monde.

 

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Bonnie Prince Billy : Greatest Palace music  (Albums écoutés et approuvés (ou non)) posté le dimanche 27 novembre 2005 23:50

Sorti en 2004, Greatest Palace Music se propose, comme son nom l'indique, de livrer une compilation des meilleurs morceaux de Will Oldham.

A cette variante près que les morceaux choisis sont rejoués, pour l'occasion, par les plus grands noms du folk et de la country actuels. Will Oldham se fait donc le plaisir d'offrir à son public fidèle la compilation qu'il attend, car la sélection des chansons résulte d'un sondage réalisé plus tôt sur le site du label Drag City. Un concept à la fois altruiste et mégalo, qui veut caresser le public dans le sens du poil.

A première vue, la sélection des morceaux est irréprochable : Ohio river boat song, I send my love to you, Horses, Riding, etc. ; tous emblématiques du blues si singulier de notre  prince renfrogné. Mais rappelons-le, Greatest Palace Music n'a rien d'un best of, car il propose autant de réinterprétations, via un détour par la country. En résulte un traitement relativement chargé des compositions si dépouillées de Will Oldham. Car les invités de circonstances usent de tous les réflexes country en leur possession : mandoline, violon, choeurs, guitares hawaïennes. Une intrusion du folklorique, qui tranche avec la simplicité qui caractérise habituellement Will Oldham. C'est précisément ce qui me dérange dans cette compilation en forme d'hommage : car la simplicité a bien plus d'impact que toutes ces fioritures réunies.

Prenons Ohio river boat song : l'incroyable tension à l'oeuvre dans le morceau original - batterie implaccable, phrasé inégal qui renvoie au désespoir latent - disparaît au profit d'une ballade binaire un peu niaise, portée par des choeurs féminins. Ou encore I send my love to you, où les guitares se montrent plus bavardes que le songwritter. Venant de Will Oldham, cela peut surprendre - ou énerver, c'est selon. La majorité des morceaux se présentent donc, pour ceux qui connaissent et apprécient les originaux, comme autant de pastiches possibles (Horses, Viva ultra, New partner). Will Oldham a sans doute voulu réconcilier les fans de rock et les mordus de country, car depuis le début il oscille entre ces deux pôles musicaux, insérant une  note rock dans son folk intimiste, et matinant de folk son inclination au rock. Ceux qui aiment la country apprécieront sans doute cet album assez traditionnel. Mais les fans de Will Oldham, souvent baignés d'une culture rock, pourraient être déçus...

On pourra répliquer que je fais partie de ces fans orthodoxes qui veillent jalousement sur l'intégrité de Will O. Ou que la country n'est pas vraiment ma tasse de thé, du moins dans son habit traditionnel : guitares autonomes et vestes à franges en sus.

Un seul mot d'ordre : écoutez cet album et jugez par vous-même!

 

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