Notre prolifique chanteur est de retour avec Summer in the southeast, paru durant le dernier trimestre 2005. Mais rien de nouveau sous les tropiques pour le prince du lo-fi. Will Oldham nous propose ici un album live, compilation provenant d'une tournée à travers différents états américains. Une quinzaine de titres familiers qui jalonnent son impressionnante discographie, repris ici sur scène, réinterprétés, transformés sinon transfigurés. Un testament scénique pour ses fans, ou une énième manière d'aborder le chanteur.
Bonnie prince Billy serait-il en mal de création? Car, au vu de ses récentes sorties, il semble se plaire à multiplier les projets parallèles : album de reprises - le médiocre Great Palace music, plutôt mal nommé - ou l'inégal tribute I am a cold rock, I am a dull grass, délaissant de ce fait le renouvellement de son répertoire. Rien de furieusement nouveau, aucune mise en danger d'un style qui commence à ronronner. Bien sûr, il y a son album relativement abouti en collaboration avec Tortoise (dont je parlerai sous peu). Mais côté Will Oldham himself, curieuse impression de frilosité, que sa récente profusion discographique ne parvient pas à effacer. La quantité aux dépends de la qualité, triste dilemme. Espérons que 2006 saura contredire ce jugement, sans doute hâtif.
Revenons à Summer in the southeast : rien à redire sur la playlist, qui compile à l'envi perles folk quasi-mythiques, issues de Joya, Arise therefore, I see a darkness et j'en passe. C'est avec plaisir, et aussi un certain confort, que l'on retrouve autant d'incarnations de ce folk si singulier qui a fait l'(anti) réputation de Will Oldham.
Sans faute également sur l'instrumentation, suffisamment variée pour suciter l'intérêt - voire l'étonnement - même chez une habituée de son blues déglingo-lumineux. Si certaines versions conservent le son tout en retenue de ses versions studio - Wolf among wolves, Nomadic revery ou Even if love - d'autres se sont dévergondées en fréquentant de près un rock énergique et toujours bordélique. Par exemple, May it always be lorgne du côté d'un rock us à guitares. A sucker's evening a laissé tomber l'oppressante simplicité pour une tension électrique non moins claustrophobe. O let it be, méconnaissable, a gagné une épaisseur sonique, à force de guitares que ne renierait pas Pavement.
Enfin, bon point pour la diversité des interprétations : chez Will Oldham and co, point de copié collé, c'est une devise (qui, si elle s'applique à ses versions live, ne semble pas s'étendre à sa discographie, mais là je taquine). On re-découvre littéralement certains morceaux, grâce à l'éclairage nouveau apporté par la prestation scénique. Je pense à Death to everyone, plombé par ses guitares maladroites. La country second degré de I send my love to you. Et plus généralement, la manie des petits cris, râles et autres "whooo", émis par Will Oldham, sans doute émoustillé par les circonstances. Apparemment en grande forme et satisfait de partager avec son public ces moments privilégiés, Will O. a acquis une certaine assurance, chantant sans complexe de cette voix nasillarde inimitable.
En somme, un live intéressant, parfois un peu consensuel, dans son alternance parfaite entre rock brouillon et folk neurasthénique.



