Aux oubliés du rock

Rendons à Felt ce qui est à Felt  (Aux oubliés du rock) posté le mardi 22 novembre 2005 17:42

Le son années 80 a le vent en poupe, en témoigne la multiplication des groupes qui puisent sans vergogne dans les trouvailles 80's : basse en avant, guitares acérées, voix d'outre-tombe, et autres réflexes dignes de Joy Division, l'inspiration en moins.

Bien sûr, plusieurs groupes ont un intérêt certain - je pense à Bloc Party ou Dead 60' s - car leurs morceaux sont indéniablement bien ficelés. Entre nous : un peu trop bien pour être honnêtes, d'ailleurs. Mais au-delà de ce revival, qui a tout l'air d'une mode, que nous reste t-il à découvrir des années 80?

Je vous propose de mettre à jour le groupe anglais le plus confidentiel des années 80, auteur de quelques trésors de la pop.  En guise de pied-de-nez, ce groupe n'a rien de l'attirail attendu : ni rock, ni cuir, ni electro-pop. "Mais que reste t-il?" me direz vous.

Il reste un groupe à la sensibilité à fleur de peau, mené par un authentique anti-héros, poète et fantasque à la fois. FELT. 4 lettres en hommage au mémorable titre du même nom de Television, où la guitare se fait cuivre.

Felt : 10 ans, 10 albums et 10 singles, comme aiment se le répéter des fans transis d'admiration devant cette quasi-perfection discographique. Pourtant, cette dernière - bien qu'elle se prête à une curieuse incantation - n'a pas eu la reconnaissance méritée, et tend à rester le secret d'un cercle d'admirateurs restreints et - sans doute - nostalgiques.  

La musique de Felt a deux atouts majeurs :

* sa singularité tout d'abord. Car elle instaure très vite - dès Crumbling the antiseptic beauty - un son reconnaissable entre tous : voix hésitante, sinon flottante du chanteur Lawrence, et une manière unique de faire résonner la guitare, grâce à l'exceptionnel Maurice Deebank (cf. photo). Réverb' et arpèges en cascades, servis par des mélodies hors du commun, tarabiscotées sans être précieuses. Si ce premier album met en place la Felt touch - pardonnez ce jeu de mot tiré par les couettes - Felt saura livrer quelques singles accrocheurs, servis par une rythmique consistante et la voix si singulière de son chanteur. Sunlight bathed the golden glow, Ballad of the band, Dismantled king off the throne et j'en passe : autant de bijoux pop, ourlés comme des ouvrages d'orfèvrerie.

* sa richesse d'autre part. Car en dix albums - et bien plus si on s'amuse à compter les compilations et autres rééditions - Felt a revêtu différents visages, exploré diverses pistes musicales. Grâce au virage entrepris par la venue de Martin Duffy, l'as du clavier, Felt a tour à tour flirté avec la pop, le jazz, l' expérimental. Felt a toujours affectionné les morceaux instrumentaux, et cette inclination n'a fait que s'accentuer au fil des albums, pour aboutir à Train Above The City, authentique produit expérimental.

Un touche-à-tout qui n'en finit pas d'influencer diverses formations actuelles : de Belle & Sebastian à Piano Magic, en passant par tout un pan du post-rock.

Le site Felt, a tribute relate méticuleusement tout ce qui se rapporte à Felt : discographie, paroles, liens divers.

 http://felt.planetaclix.pt/Discography/default.htm

 

ps : dans la même veine, Durutti Column.

http://users.rcn.com/rpsweb/durutti-column/audio.html

 

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Slint : les prémisses du post rock  (Aux oubliés du rock) posté le jeudi 01 décembre 2005 14:45

 

Post rock : une appellation de journalistes en mal de catégories ou bien l'émergence d'un mouvement musical à part entière?

A voir la richesse des groupes qui évoluent sous la bannière post rock, nul doute que ce mouvement - s'il existe - possède une certaine efficience : Mogwai, Prohibition, Hood, Tortoise, Aerial M, Godspeed you black emperor! et j'en passe. Des groupes aux horizons divers, dont le seul point commun est de proposer une musique en dehors des sentiers battus du rock :  délaissant le traditionnel couplet/ refrain, le format radio et la hiérarchie attendue des instruments du rock (guitares, batterie, basse). Une démarche qui a pu surprendre au début, lorsque quelques groupes novateurs s'essayaient à malmener le rock, qui depuis trop longtemps n'avait plus vraiment de vocation subversive. Qui aime bien châtie bien.

Revenons en 1991, à Chicago. Slint, un groupe formé autour de David Pajo - futur Tortoise, Papa M et consorts -  réalise un album qu'on pourrait considérer comme le point de départ de ce mouvement improvisé. Rétrospectivement, le "post rock" tel qu'on l'entend actuellement doit beaucoup à Slint. Bien sûr, il est aussi le petit-fils de Soft Machine, Can, et autres grands expérimentateurs visionnaires. Mais le son de Slint a su esquisser quelque chose de nouveau, via des guitares aux multiples visages et d'une batterie à contre-temps. 

Spiderland. Loin des superproductions hollywoodiennes et d'une araignée consensuelle en collant. Un album qui dévoile une sensibilité à fleur de peau, et survole tout un panel d'émotions : colère (Nosferatu man, Good morning captain), remords (Don, Aman), abattement, béatitude (Washer). Contre-temps,  arpèges chuchotés,  batterie appuyée à la manière d'une arythmie cardiaque et autres coups de théâtre. Mention spéciale à Don Aman, porté par une progression quasi tragique -   les guitares saturées  en guise d'acme de ce morceau perpétuellement sur le fil. Ou encore Washer, arpèges aériens contre-balancés par cette batterie catactéristique, plombée et subtile à la fois.

Post-rock  : les catégories cèdent en effet devant cette proposition intensément personnelle et novatrice. Le rock n'a plus le même visage, et les rejetons de Slint fleurissent depuis 10 ans déjà : Tortoise, fils légitime qui a choisi une voie plus expérimentale. Auquel s'ajoutent tous les descendants naturels : la neurasthénie assumée de Mogwai, la tendre mélancolie de Hood, les boucles de Labradford, etc. Post rock est définitivement rentré dans le dictionnaire illustré du critique de rock.

A l'heure où David Pajo lui-même revient à des compositions plus traditionnelles - avec son album paru en 2005 qu'Eliott Smith n'aurait pas renié - qu'en est-il du post rock? Sans doute une mouvance qui nous réserve encore quelque surprises, pour peu qu'elle parvienne à trouver un nouveau souffle.

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The folk implosion  (Aux oubliés du rock) posté le mardi 20 décembre 2005 11:42

 

The folk implosion : où le folk américain flirte avec un rock sur le fil, prêt à l'implosion. Pourtant, à l'écoute de One part lullaby ou The new folk implosion, il apparaît que la révolution sonique n'aura pas lieu. Lou Barlow, hier porte-parole d'un rock grunge et déglingué avec Sebadoh, nous livre avec son projet The folk implosion des ballades rock. Carré, binaire, limite traditionnel : couplets / refrain, choeurs à la tierce, mélodies vite retenues et autres tour de magie d'un rock tout simplement efficace.

Evidemment, la formule peut agacer. Candeur ou facilité?

The folk implosion : encore un groupe qui sait rester discret - sinon confidentiel- malgré deux albums très réussis. Deux bons disques de rock, bien ficelés, portés par la voix unique de Lou Barlow, ex-chanteur de Sebadoh.   Il semble que ce dernier ait souhaité revenir aux sources d'un rock plus évident, sans être commercial pour autant. Et cette formule lui va plutôt bien. One part Lullaby par exemple (1999) est un de ses disques qui nous paraissent d'emblée familier : mélodies, rythmique, refrain fédérateur. Le genre de disque qui se fait vite une place parmi notre discographie. Un disque malin, qui use de détails irréprochables : section rythmique au carré sur My ritual, sample de Requiem pour un con sur Serge, esprit Beach Boys noisy sur Free to go ou encore basse agile sur Merry-go-down. Difficle de résister devant tant d'application! Les mélodies simples de Lou Barlow alliées à des choix rythmiques pertinents fonctionnent : on se surprend même à chanter (si, si) : "I don't wanna be someone you love..." 

Un disque à recommander vivement, ni prise de tête (comme peuvent l'être pafois ceux de Will Oldham! ;.) ni précieux. Pop-rock, tout simplement.

The new folk implosion : le Folk implosion nouveau est arrivé en 2003, revêtant pour cette occasion un nouveau nom - pas franchement recherché, certes. Lou Barlow livre un disque plus noir, et je ne parle pas seulement de sa pochette. Préférant les guitares saturées et une sobriété spartiate : adieu choeurs, clavier, xylophone. Lou Barlow torturé sur Releast, apaisé sur Pearl, ballade traditionnelle (paroles ci-dessus), faussement nonchalent sur End of Henley, mélancolique sur Easy. Seul Leaving it up to me rappelle la légèreté de One part... Un album réussi toutefois, pour qui sait apprécier les compositions sombres de Lou Barlow.

 

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